Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03- Persona / Soi

Persona / Soi — Entre celui que nous montrons et celui que nous devenons

Nous possédons tous plusieurs versions de nous-mêmes.

Il y a celui qui parle à ses amis, celui qui répond à son employeur, celui qui rencontre un inconnu, celui qui se retrouve seul, celui qui essaie de rassurer sa famille et celui qui explique très calmement au service après-vente qu’il appelle maintenant pour la quatrième fois.

Étrangement, tous sont nous.

Carl Gustav Jung s’est beaucoup intéressé à cette distance entre la personne que nous présentons au monde et la totalité beaucoup plus vaste de ce que nous sommes.

Il appelait Persona le visage social que nous construisons pour entrer en relation avec les autres, occuper une fonction et trouver notre place dans la société.

Le mot vient du latin persona, le masque de théâtre.

Mais « masque » ne signifie pas nécessairement mensonge.

 

La Persona est indispensable.

Nous ne pouvons pas exposer la totalité de notre vie intérieure à chaque personne rencontrée. Le boulanger n’a probablement pas besoin de connaître notre dernier rêve avant de nous vendre une baguette.

Face à la Persona, Jung place un concept beaucoup plus vaste : le Soi.

Le Soi n’est pas simplement notre « vrai moi » caché sous le masque.

Il représente, dans la psychologie jungienne, la totalité de la psyché, consciente et inconsciente, et le principe autour duquel peut progressivement s’organiser notre individuation.

Ce test ne prétend évidemment pas mesurer le Soi — ce qui serait une ambition assez considérable pour trente questions et quelques boutons à cocher.

Il cherche plus modestement à observer la distance actuelle entre ce que tu montres, ce que tu crois devoir être et ce qui cherche peut-être à s’exprimer plus profondément en toi.

 

La Persona — notre ambassadeur dans le monde

La Persona commence à se construire très tôt.

Nous apprenons rapidement qu’on ne se comporte pas de la même manière partout.

À l’école, en famille, entre amis, au travail, nous adaptons notre langage, notre comportement et parfois même certains aspects de notre personnalité.

C’est parfaitement normal.

Une personne peut être autoritaire dans son travail, tendre avec ses enfants, timide lors d’une soirée où elle ne connaît personne et totalement déchaînée lorsqu’une chanson des années 1980 apparaît après minuit.

Il ne s’agit pas nécessairement de quatre personnes différentes.

Il s’agit d’un même individu capable d’adapter son expression à différentes situations.

La Persona nous permet donc de tenir un rôle social.

Parent.

Professionnel.

Ami.

Responsable.

Élève.

Expert.

Voisin.

Citoyen.

Elle rend la vie collective possible.

Une société composée exclusivement d’individus exprimant spontanément tout ce qui leur traverse l’esprit aurait probablement une durée de fonctionnement assez courte.

 

Lorsque la Persona fonctionne bien

Une Persona équilibrée est souple.

Elle permet de comprendre les attentes d’une situation sans perdre complètement le contact avec soi-même.

Tu peux adopter un comportement professionnel pendant une réunion sans devenir intérieurement « le professionnel ».

Tu peux assumer une responsabilité sans croire que ta valeur personnelle dépend entièrement de cette fonction.

Tu peux être poli avec quelqu’un que tu n’apprécies pas sans considérer cette politesse comme une trahison de ton authenticité.

La Persona est alors une interface.

Elle traduit quelque chose de nous dans un langage adapté au monde extérieur.

Elle ressemble un peu à un vêtement.

Nous pouvons choisir celui qui convient à la situation.

Le problème commence lorsque nous oublions que nous pouvons également l’enlever.

 

Quand nous devenons notre rôle

Imagine quelqu’un qui a construit une carrière brillante.

Pendant trente ans, il a été directeur, médecin, artisan, professeur, chef d’entreprise ou responsable d’une équipe.

On l’écoute.

On lui demande conseil.

Son identité s’est progressivement organisée autour de sa fonction.

Puis arrive la retraite.

Et soudain une question extrêmement simple devient vertigineuse :

« Qui suis-je lorsque je ne suis plus cela ? »

Le problème n’est pas d’avoir aimé son métier.

Il apparaît lorsque la fonction sociale et l’identité personnelle sont devenues presque indissociables.

La même chose peut arriver avec la parentalité.

Pendant vingt ans, quelqu’un se définit principalement comme père ou mère.

Les enfants partent.

Le silence revient dans la maison.

Et avec lui cette question :

« Qu’est-ce que je désire, moi ? »

La Persona avait tellement bien accompli son travail qu’elle avait fini par occuper tout l’espace disponible.

 

La Persona n’est pas seulement professionnelle

Nous pouvons nous identifier à des rôles beaucoup plus subtils.

« Je suis celui sur qui on peut compter. »

« Je suis la personne drôle. »

« Je suis la raisonnable. »

« Je suis le fort. »

« Je suis celle qui apaise les conflits. »

« Je suis l’original. »

« Je suis l’intellectuel. »

« Je suis le gentil. »

Ces identités peuvent parfaitement correspondre à des qualités réelles.

Mais que se passe-t-il lorsque le fort a besoin d’aide ?

Lorsque la personne drôle est triste ?

Lorsque le gentil est furieux ?

Lorsque celui sur qui tout le monde compte voudrait, pour une fois, ne compter pour personne pendant quarante-huit heures ?

Plus une Persona devient rigide, plus certaines expériences deviennent interdites parce qu’elles menacent l’image que nous avons construite.

Nous ne jouons alors plus le rôle.

Le rôle commence à nous jouer.

 

Le piège du regard des autres

La Persona se nourrit naturellement du regard extérieur.

Nous apprenons ce qui fonctionne.

Si les autres nous aiment lorsque nous sommes disponibles, nous devenons plus disponibles.

S’ils nous admirent pour notre compétence, nous renforçons notre compétence.

S’ils nous valorisent pour notre force, nous montrons moins nos fragilités.

Rien de cela n’est nécessairement mauvais.

Le problème apparaît lorsque la question :

« Qu’est-ce qui est juste pour moi ? »

est progressivement remplacée par :

« Qu’attend-on de moi ? »

Nous pouvons alors construire une existence parfaitement réussie selon des critères qui ne nous appartiennent plus vraiment.

Bon métier.

Bonne maison.

Bonne réputation.

Bon comportement.

Tout est à sa place.

Sauf parfois celui qui habite dedans.

 

Le Soi — beaucoup plus grand que le « moi profond »

Le terme Soi prête facilement à confusion.

Dans le langage courant, « être soi-même » signifie souvent exprimer spontanément ce que nous ressentons.

Chez Jung, le concept est beaucoup plus vaste.

Le Soi ne désigne pas simplement notre personnalité authentique cachée derrière les conventions.

Il représente la totalité psychique, comprenant le conscient mais également tout ce qui échappe encore à notre conscience.

Notre Moi conscient — celui qui dit « je » — n’est donc pas le Soi.

Il en est une partie.

C’est une distinction essentielle.

Le Soi n’est pas un petit personnage très sage assis au fond de nous et connaissant mystérieusement toutes les bonnes réponses.

Ce serait pratique.

Il faudrait seulement trouver son numéro.

Le Soi représente plutôt une tendance de la psyché à chercher davantage de totalité, à intégrer progressivement des dimensions jusque-là séparées, négligées ou contradictoires.

C’est autour de lui que Jung pense le processus d’individuation.

 

« Être soi-même » ne signifie pas faire tout ce qu’on veut

C’est une autre confusion fréquente.

« Je suis comme ça. »

« Je dis ce que je pense. »

« Je suis simplement authentique. »

L’authenticité peut devenir une justification merveilleusement pratique pour ne jamais se remettre en question.

Dans une perspective jungienne, devenir davantage soi-même ne signifie pas donner libre cours à toutes ses impulsions.

Cela signifie plutôt élargir la conscience que nous avons de nous-mêmes.

 

Reconnaître notre Persona.

Rencontrer notre Ombre.

Intégrer davantage nos polarités.

Découvrir des fonctions psychiques moins développées.

Accepter nos contradictions.

Le Soi ne nous demande donc pas nécessairement de devenir plus spontanés.

Il nous invite à devenir plus entiers.

Ce qui est nettement plus compliqué.

 

Un exemple très quotidien

Imaginons quelqu’un que tout son entourage décrit comme généreux.

Il aide.

Il rend service.

Il répond toujours présent.

Cette générosité fait réellement partie de lui.

Mais elle appartient également à sa Persona : c’est devenu le rôle qu’il occupe dans son entourage.

Un soir, on lui demande encore un service.

Son premier mouvement intérieur est :

« Non. J’en ai assez. »

Puis immédiatement :

« Mais ce n’est pas moi, ça. »

Voilà un moment intéressant.

Le refus n’est pas nécessairement plus authentique que la générosité.

Mais le fait qu’il soit immédiatement rejeté parce qu’il menace l’image de « celui qui aide toujours » révèle quelque chose.

Peut-être que le Soi ne demande pas à cette personne de devenir égoïste.

Peut-être cherche-t-il simplement à faire entrer dans sa personnalité consciente la capacité à poser une limite.

Elle pourrait alors continuer à être généreuse.

Mais par choix.

Et non parce qu’elle n’a plus le droit psychique de ne pas l’être.

 

Les petites fissures de la Persona

La distance entre Persona et vie intérieure se manifeste souvent par de petits signaux.

Une fatigue étrange après certaines situations sociales.

L’impression de « jouer un rôle ».

Une irritation lorsqu’on nous demande encore d’être celui que nous sommes censés être.

Une envie récurrente de faire quelque chose qui ne correspond pas du tout à notre image habituelle.

Ou cette phrase :

« Pourtant, j’ai tout pour être heureux. »

Elle mérite parfois qu’on s’y arrête.

Car elle signifie :

« Selon les critères que j’utilise pour évaluer ma vie, tout devrait aller bien. »

Mais quelque chose, manifestement, n’a pas reçu le mémo.

Ces moments ne prouvent évidemment pas une crise existentielle.

Ils peuvent simplement signaler qu’une partie de nous demande davantage de place.

 

Quand la Persona devient trop forte

Une Persona très dominante peut produire une grande efficacité sociale.

Nous savons parfaitement comment nous comporter.

Nous remplissons nos obligations.

Nous répondons aux attentes.

Nous pouvons même être très appréciés.

Mais intérieurement peut apparaître une impression de décalage.

Nous faisons ce qu’il faut.

Nous disons ce qu’il faut.

Nous devenons parfois extraordinairement compétents pour vivre une existence que nous ne savons plus très bien si nous avons choisie.

Cela peut conduire à de la fatigue, de l’irritabilité, une sensation de vide ou un besoin brutal de changement.

Et parfois nous concluons qu’il faut tout quitter.

Travail.

Couple.

Maison.

Ville.

Peut-être.

Mais avant d’acheter un billet aller simple pour le Népal, une question peut être utile :

« Est-ce ma vie que je veux quitter, ou le personnage que je me sens obligé d’y jouer ? »

Les deux problèmes n’exigent pas nécessairement la même solution.

 

Quand la Persona est trop faible

L’excès inverse existe.

Une personne peut refuser toute adaptation sociale au nom de son authenticité.

« Je suis moi-même, les autres n’ont qu’à m’accepter. »

C’est une position possible.

Elle possède cependant quelques conséquences pratiques dans les mariages, les entreprises et les repas de famille.

Une Persona insuffisamment développée peut rendre difficile l’adaptation aux codes sociaux, la coopération ou la distinction entre ce qui appartient à notre monde intérieur et ce qu’il est pertinent d’exprimer.

L’objectif n’est donc pas de supprimer le masque.

Il faut pouvoir le porter sans le confondre avec son visage.

 

Le Soi ne cherche pas forcément le confort

Nous imaginons volontiers qu’un meilleur contact avec nous-mêmes devrait nous rendre immédiatement plus sereins.

Pas nécessairement.

Découvrir qu’une vie construite autour de certaines valeurs ne correspond plus exactement à ce que nous devenons peut être inconfortable.

Reconnaître un désir longtemps négligé peut compliquer une situation jusque-là parfaitement organisée.

Admettre que nous ne voulons plus quelque chose que nous avons voulu pendant vingt ans peut créer une véritable crise.

Le processus d’individuation n’est pas une technique d’optimisation du confort.

Il peut au contraire commencer lorsque l’ancien équilibre ne suffit plus.

Quelque chose demande à être réorganisé.

La bonne nouvelle est qu’une crise de sens peut parfois annoncer une transformation.

La moins bonne est que la transformation n’a généralement pas lu le manuel d’utilisation.

 

Persona et réseaux sociaux

Notre époque a offert à la Persona un terrain d’expérimentation que Jung n’avait probablement pas anticipé.

Nous pouvons désormais construire une version publique de nous-mêmes avec une précision remarquable.

Photos choisies.

Opinions choisies.

Moments choisis.

Succès choisis.

Même la spontanéité peut être soigneusement cadrée, éclairée et publiée à 18 h 30.

Il n’y a rien de mauvais à cela.

Nous avons toujours sélectionné ce que nous montrons.

Mais plus l’image publique devient importante, plus une question mérite d’être posée :

« Est-ce que je vis cette expérience ou est-ce que je suis déjà en train de construire la personne qui racontera l’avoir vécue ? »

La Persona adore les applaudissements.

Le Soi n’a pas de bouton « J’aime ».

Cela complique légèrement son marketing.

 

Dans le travail

Le monde professionnel exige naturellement une Persona.

Nous ne pouvons pas apporter chaque matin l’intégralité de notre psyché au bureau et la déposer sur la table de réunion.

Mais le rôle professionnel peut devenir envahissant.

Quelqu’un peut être tellement identifié à sa compétence qu’une erreur devient une atteinte personnelle.

Une critique du travail devient :

« Je ne vaux rien. »

À l’inverse, une promotion peut produire :

« Maintenant, je suis quelqu’un. »

Dans les deux cas, la fonction professionnelle a commencé à définir la valeur de la personne.

Un exercice utile consiste à terminer la phrase :

« Si demain je ne pouvais plus exercer cette activité, qu’est-ce qui resterait de moi ? »

Si la question provoque un silence vertigineux, il y a peut-être quelque chose à explorer.

 

Dans le couple

La Persona intervient également dans les relations intimes.

Nous pouvons devenir « celui qui décide », « celle qui prend soin », « le raisonnable », « la fragile », « le protecteur », « celle qui gère ».

Au fil des années, ces rôles peuvent se figer.

Chacun finit par jouer la partition attendue.

Le problème survient lorsque l’un commence à changer.

La personne toujours dépendante devient autonome.

Celui qui décidait de tout veut désormais partager la responsabilité.

La personne qui prenait soin de tous commence à demander qu’on prenne soin d’elle.

Le couple peut alors être déstabilisé.

Non parce que quelqu’un devient moins lui-même.

Mais parce qu’il devient davantage que le rôle auquel l’autre s’était habitué.

 

Que signifie un résultat fortement orienté Persona ?

Cela peut indiquer que les rôles, les attentes extérieures et l’adaptation sociale occupent actuellement une place importante.

Ce n’est pas nécessairement problématique.

Certaines périodes l’exigent.

Commencer un nouveau travail, assumer une responsabilité, élever de jeunes enfants ou traverser une situation sociale complexe nécessite parfois une forte capacité d’adaptation.

La question intéressante devient :

« Est-ce que je sais encore ce que je veux lorsque personne ne me regarde ? »

Ou :

« Qu’est-ce que je ferais différemment si je n’avais aucune image à maintenir ? »

Il ne s’agit pas nécessairement de faire cette chose.

Mais la réponse mérite d’être entendue.

 

Que signifie un résultat davantage orienté vers le Soi ?

Il peut suggérer qu’une recherche d’alignement intérieur, d’autonomie ou de cohérence personnelle occupe actuellement davantage de place.

Cela peut accompagner une période de transformation ou de questionnement.

Mais attention au piège inverse.

Se sentir proche de son monde intérieur ne signifie pas que nous avons atteint le Soi.

Le Soi jungien ne délivre pas de certificat.

Et quelqu’un qui annoncerait avoir définitivement terminé son individuation constituerait probablement un excellent sujet d’étude.

Une orientation vers le Soi doit rester compatible avec la réalité extérieure, les responsabilités et les autres.

L’individuation n’est pas l’isolement.

Devenir davantage soi-même ne signifie pas devenir le centre du monde.

 

Comment assouplir une Persona trop rigide ?

Commence par repérer les phrases qui te définissent.

« Je suis quelqu’un qui… »

« Moi, je ne… »

« Tout le monde sait que je suis… »

Puis essaie mentalement leur contraire.

Non pour y croire.

Pour observer ce qui se passe.

Si tu es « toujours raisonnable », demande-toi où tu pourrais t’autoriser un peu de folie.

Si tu es « toujours disponible », essaie un petit non.

Si tu es « celui qui sait », accepte de dire :

« Je ne sais pas. »

Si tu es « la personne forte », demande de l’aide pour quelque chose de simple.

Une Persona rigide n’a pas besoin d’être détruite.

Elle a besoin de découvrir qu’elle possède des articulations.

 

Comment renforcer une Persona insuffisante ?

À l’inverse, si tu as tendance à considérer toute adaptation comme une compromission, demande-toi si certains rôles pourraient être assumés consciemment sans te trahir.

Être professionnel n’est pas être faux.

Être courtois avec quelqu’un que tu n’aimes pas n’est pas être hypocrite.

Adapter ton langage à ton interlocuteur n’est pas renoncer à ton identité.

Une Persona consciente peut être utilisée comme un outil.

La question n’est pas :

« Est-ce vraiment moi ? »

Mais parfois :

« Quelle partie de moi est appropriée ici ? »

Nous n’avons pas besoin d’être identiques dans toutes les situations pour être authentiques.

 

Comment se rapprocher du Soi ?

Il n’existe évidemment pas de recette.

Mais certaines questions peuvent ouvrir un espace.

Qu’est-ce que je fais principalement pour être approuvé ?

Qu’est-ce que je continue par habitude alors que cela ne me correspond plus ?

Quelle partie de moi ai-je peu développée parce qu’elle ne correspondait pas au personnage que j’avais construit ?

Qu’est-ce qui revient régulièrement dans mes rêves, mes envies, mes créations ou mes insatisfactions ?

Quels choix me donnent intérieurement une impression de cohérence, même lorsqu’ils sont difficiles ?

Et peut-être surtout :

« Qu’est-ce qui cherche actuellement à devenir davantage vivant en moi ? »

Il n’est pas nécessaire d’obtenir immédiatement une réponse.

Le Soi n’est pas connu pour remplir les questionnaires dans les délais.

 

Une petite expérience

Pendant une semaine, observe trois situations différentes.

Une situation professionnelle ou sociale.

Une situation avec des proches.

Un moment où tu es seul.

Demande-toi dans chacune :

« Quelle version de moi apparaît ici ? »

Puis :

« Qu’est-ce que cette version montre facilement ? »

Et :

« Qu’est-ce qu’elle laisse de côté ? »

Ne cherche pas laquelle est la vraie.

Elles le sont probablement toutes en partie.

Observe simplement ce qui change et ce qui demeure.

Tu découvriras peut-être que certaines qualités traversent tous les contextes.

D’autres n’existent que lorsqu’elles sont attendues.

Et certaines apparaissent uniquement lorsque personne ne regarde.

Ces dernières ne sont pas nécessairement plus authentiques.

Mais elles méritent certainement une chaise autour de la table.

 

Il ne s’agit pas de retirer le masque

C’est finalement le point essentiel.

La Persona n’est pas l’ennemie du Soi.

Elle en est une expression nécessaire dans le monde social.

Nous avons besoin d’un visage pour rencontrer les autres.

Le problème apparaît seulement lorsque nous croyons que ce visage contient tout ce que nous sommes.

À l’inverse, le Soi n’est pas un personnage pur et authentique qu’il suffirait de libérer des conventions.

Il inclut nos contradictions, notre Ombre, nos potentialités, notre histoire consciente et tout ce que nous n’avons pas encore intégré.

Le chemin ne consiste donc pas à choisir entre Persona et Soi.

Il consiste à rendre la Persona suffisamment souple pour qu’elle puisse exprimer une personne qui continue à évoluer.

La Persona demande : « Qui dois-je être ici ? »

Le Moi répond : « Voilà qui je pense être. »

Le Soi murmure quelque chose de beaucoup plus dérangeant : « Tu n’as peut-être pas fini de le découvrir. »

Et c’est probablement une bonne nouvelle.

Car devenir soi-même ne signifie pas enfin trouver le personnage définitif qui se cachait derrière tous les autres.

Cela signifie peut-être accepter qu’il n’y ait jamais eu de personnage définitif.

Seulement un être humain qui, peu à peu, apprend à ne plus confondre le rôle qu’il joue, l’image qu’il possède de lui-même et la totalité beaucoup plus vaste qu’il porte encore en lui.

Le masque peut rester.

Il est même très utile.

 

Il suffit simplement de se souvenir qu’après la représentation, quelqu’un continue d’exister derrière lui.

Écrire un commentaire

Optionnel