05- Anima / Animus
Anima / Animus — Quelles forces habitent en toi ?
Nous portons tous en nous des manières différentes d’entrer en relation avec le monde.
Certaines nous conduisent vers l’accueil, l’écoute, l’intuition, la sensibilité au lien et au monde intérieur. D’autres nous poussent davantage vers l’affirmation, la différenciation, la structure, la décision et l’action.
Carl Gustav Jung a tenté de penser cette polarité à travers deux grandes figures : l’Anima et l’Animus.
Dans la formulation classique de sa théorie, l’Anima désigne la part féminine inconsciente de l’homme et l’Animus la part masculine inconsciente de la femme.
Cette définition appartient à son époque et mérite aujourd’hui d’être sérieusement nuancée.
L’intérêt de ces concepts ne réside pas dans l’idée que certaines qualités seraient naturellement réservées aux femmes et d’autres aux hommes. Il est beaucoup plus fécond de considérer Anima et Animus comme deux grandes dynamiques psychiques présentes, sous des formes et dans des proportions différentes, chez chacun de nous.
C’est dans ce sens que ce test les utilise.
Il ne mesure donc ni ta féminité, ni ta masculinité, ni ton sexe, ni ton identité de genre.
Il cherche quelque chose de beaucoup moins administratif et beaucoup plus intéressant : observer comment s’articulent actuellement en toi deux grandes manières d’être au monde.
Pour simplifier, nous pouvons les rapprocher symboliquement du Yin et du Yang.
L’Anima représente ici davantage la réceptivité, l’intériorité, l’intuition, la sensibilité et le lien.
L’Animus représente davantage l’affirmation, la structure, la différenciation, la décision et l’action.
Deux mouvements.
Pas deux camps.
Et surtout pas un match dont l’un devrait sortir vainqueur.
L’Anima — accueillir ce qui vient
Dans ce test, l’Anima désigne d’abord une capacité à recevoir.
Recevoir une émotion, une intuition, une atmosphère, une nuance, la présence d’un autre ou simplement quelque chose qui se passe en soi avant même que nous sachions précisément le nommer.
Imagine que tu entres dans une pièce où plusieurs personnes discutent.
Personne ne dit rien de particulier. Pourtant, tu perçois presque immédiatement qu’une tension existe entre deux d’entre elles.
Tu ne disposes d’aucune preuve.
Le procès devra attendre.
Mais quelque chose a été perçu.
Cette sensibilité à ce qui n’est pas explicitement formulé appartient à la dynamique que nous associons ici à l’Anima.
Elle intervient également lorsque nous acceptons de ne pas décider immédiatement, lorsque nous laissons une situation mûrir, lorsque nous écoutons réellement quelqu’un sans préparer simultanément notre réponse ou lorsque nous accordons de l’importance à ce qui se passe dans notre monde intérieur.
L’Anima sait que tout ce qui est réel n’est pas nécessairement immédiatement mesurable.
Ce qui, dans certaines réunions, constitue déjà une forme discrète d’hérésie.
Lorsque l’Anima nous aide
Une Anima bien développée favorise la capacité à percevoir les nuances.
Dans une relation, elle permet de sentir qu’une phrase apparemment anodine cache peut-être une blessure. Devant une décision, elle peut nous avertir qu’une solution parfaitement rationnelle « ne sonne pas juste ». Dans un travail créatif, elle permet de laisser émerger une idée au lieu de vouloir immédiatement la fabriquer.
Elle facilite également l’écoute.
Pas simplement attendre que l’autre ait terminé de parler.
Écouter.
Ce qui est une activité beaucoup plus rare qu’on ne pourrait le croire compte tenu du nombre considérable d’êtres humains possédant deux oreilles.
Cette dynamique nous aide aussi à tolérer l’incertitude. Tout ne nécessite pas une réponse immédiate. Certaines décisions deviennent plus claires lorsqu’on accepte de ne pas les poursuivre avec une lampe torche pendant toute la nuit.
L’Anima sait parfois attendre.
L’Ombre de l’Anima
Mais toute qualité psychique possède son excès.
La réceptivité peut devenir passivité.
L’écoute peut devenir difficulté à affirmer sa propre position.
L’intuition peut se transformer en conviction sans vérification.
La sensibilité au lien peut conduire à éviter les conflits nécessaires ou à dépendre excessivement de l’état émotionnel des autres.
Quelqu’un très fortement orienté vers cette dynamique peut sentir énormément de choses, comprendre plusieurs points de vue et percevoir toutes les nuances d’une situation…
… puis se retrouver incapable de choisir le restaurant.
Parce que chacun a une préférence.
Et qu’il serait dommage de traumatiser quelqu’un avec une pizza.
L’Anima devient problématique lorsqu’accueillir le monde signifie ne plus suffisamment se différencier de lui.
La question utile est alors :
« Qu’est-ce que je ressens… et qu’est-ce que je décide d’en faire ? »
Une émotion mérite d’être entendue.
Elle n’est pas nécessairement un ordre.
L’Animus — donner une direction
L’Animus représente dans ce test le mouvement complémentaire : affirmer, structurer, distinguer et agir.
Il intervient lorsque nous disons : « Voilà ce que je pense », « Voilà ce que je veux », « Voilà ce que je refuse » ou, parfois plus utile encore : « Voilà ce que nous allons faire maintenant. »
Imagine qu’une discussion dure depuis une heure.
Chacun a exprimé son ressenti, les différents points de vue ont été respectés, tout le monde comprend merveilleusement tout le monde.
Mais rien n’est décidé.
L’Animus regarde alors probablement l’horloge.
Sa fonction est de transformer une possibilité en choix.
Il trace des frontières.
Il distingue ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, ce que nous acceptons de ce que nous refusons, ce qui doit être pensé de ce qui doit maintenant être fait.
Lorsque l’Animus nous aide
Un Animus bien développé facilite l’affirmation de soi.
Il permet de poser une limite sans avoir besoin de transformer l’autre en ennemi.
Il aide à organiser une pensée, à défendre une position, à construire un projet et à persévérer lorsque l’enthousiasme initial s’est dissipé.
Il est particulièrement précieux lorsque la vie exige une décision.
Changer de travail. Mettre fin à une situation devenue insupportable. Dire non. Commencer. Terminer. Choisir.
Il rappelle une vérité parfois désagréable : ne pas décider est encore une manière de laisser quelque chose être décidé.
Généralement par les circonstances.
Qui ont rarement demandé à suivre une formation préalable en développement personnel.
L’Ombre de l’Animus
L’affirmation peut cependant devenir rigidité.
La structure peut devenir contrôle.
La capacité à différencier peut devenir opposition systématique.
L’action peut devenir incapacité à attendre.
Et une pensée claire peut finir par se transformer en certitude qu’il existe nécessairement une bonne manière de faire les choses — coïncidence remarquable, généralement la nôtre.
Lorsque l’Animus prend trop de place, nous pouvons vouloir résoudre ce qui demandait simplement à être entendu.
Quelqu’un nous raconte une difficulté.
Avant même qu’il ait terminé, nous avons déjà trouvé trois solutions, établi un calendrier et commencé mentalement à lui expliquer pourquoi il aurait dû s’y prendre autrement.
Tout cela peut être parfaitement pertinent.
Et parfaitement insupportable.
La question utile devient alors :
« Cette situation demande-t-elle vraiment une action, ou demande-t-elle d’abord une présence ? »
Tous les problèmes n’attendent pas une solution.
Certains attendent simplement quelqu’un.
Le couple intérieur
L’intérêt véritable d’Anima et Animus apparaît lorsque nous cessons de les opposer.
Prenons une décision importante.
L’Anima peut percevoir ce que cette décision provoque intérieurement : attirance, malaise, peur, désir, intuition.
L’Animus peut ensuite examiner les possibilités, poser les limites et transformer cette perception en décision concrète.
L’Anima reçoit.
L’Animus différencie.
L’Anima relie.
L’Animus structure.
L’Anima laisse émerger.
L’Animus donne une forme.
Et puis chacun recommence.
Ce fonctionnement est beaucoup plus subtil qu’un partage des tâches dans lequel l’une serait chargée des émotions pendant que l’autre remplit les formulaires.
Il s’agit d’un dialogue permanent entre deux mouvements complémentaires.
Dans une relation amoureuse
C’est peut-être dans nos relations que leur déséquilibre devient le plus visible.
Une Anima très dominante peut conduire à une grande sensibilité aux besoins de l’autre. Nous percevons ses émotions, nous adaptons notre comportement, nous cherchons l’harmonie.
C’est précieux.
Jusqu’au jour où nous découvrons que nous connaissons parfaitement les besoins de l’autre mais beaucoup moins les nôtres.
À l’inverse, un Animus très dominant peut faciliter la clarté : les attentes sont dites, les limites posées, les problèmes abordés.
Mais la relation risque parfois de ressembler à une réunion de chantier particulièrement efficace.
Tout est réglé.
Sauf éventuellement la tendresse.
L’équilibre apparaît lorsque nous sommes capables à la fois de nous relier sans nous perdre et de nous affirmer sans rompre le lien.
Dans un conflit
Supposons que quelqu’un te fasse une remarque qui te blesse.
La dynamique Anima peut te permettre d’identifier ce qui s’est passé en toi : « Cette phrase m’a touché », « Je me suis senti rejeté », « Cela réveille quelque chose de plus ancien ».
L’Animus peut ensuite intervenir : « Je vais lui dire que cette manière de me parler ne me convient pas. »
Sans Anima, nous risquons de réagir avant même de comprendre ce qui nous a atteint.
Sans Animus, nous pouvons parfaitement comprendre notre blessure et la conserver soigneusement pendant quinze ans.
Ce qui lui laisse généralement le temps de devenir très confortable.
Dans le travail
L’Anima perçoit souvent les relations, les ambiances, les possibilités émergentes et ce qui n’a pas encore trouvé sa forme.
L’Animus transforme plus facilement ces perceptions en objectifs, structures, décisions et actions.
Une équipe a besoin des deux.
Un projet exclusivement gouverné par l’Animus peut être parfaitement organisé et humainement inhabitable.
Un projet exclusivement gouverné par l’Anima peut être extraordinairement humain et ne jamais dépasser la troisième réunion préparatoire.
L’une demande :
« Qu’est-ce qui cherche à émerger ? »
L’autre :
« Très bien. Maintenant, comment le faisons-nous ? »
L’intuition n’est pas toujours vraie
Lorsque ton résultat montre une forte composante Anima, un point mérite une vigilance particulière.
Ressentir quelque chose avec intensité ne prouve pas que ce ressenti décrit correctement la réalité extérieure.
Tu peux percevoir une tension réelle.
Mais tu peux également projeter une inquiétude personnelle.
Tu peux avoir une intuition remarquable.
Ou avoir mal dormi.
Le problème est que les deux arrivent parfois avec exactement la même voix intérieure.
L’intuition gagne donc à dialoguer avec les faits.
Non pour être méprisée, mais pour être vérifiée.
Une bonne pratique consiste à distinguer :
« Voilà ce que je ressens » de « voilà ce que je sais ».
Cette petite différence évite un nombre impressionnant de catastrophes relationnelles.
L’action n’est pas toujours une solution
Si ton résultat montre au contraire un Animus particulièrement développé, l’exercice inverse peut être utile.
Avant d’agir, demande-toi :
« Que se passerait-il si je ne faisais rien pendant un moment ? »
Non pas abandonner.
Observer.
Certaines situations ont besoin d’une intervention.
D’autres ont besoin de temps.
Une graine n’accélère pas particulièrement sa germination parce qu’on la déterre chaque matin pour vérifier ses progrès.
Elle devient surtout une graine très contrariée.
Et si les deux scores sont élevés ?
C’est parfaitement possible.
Le test ne fonctionne pas comme un gâteau dont chaque part donnée à l’Anima serait retirée à l’Animus.
Tu peux disposer d’une forte capacité de réceptivité et d’une forte capacité d’affirmation.
Tu peux écouter profondément et savoir décider.
Être intuitif et structuré.
Sensible au lien et capable de poser une limite.
C’est même probablement là que se trouve l’un des aspects les plus intéressants de leur intégration.
Une personne capable de dire :
« Je comprends ce que tu ressens, mais ma réponse reste non »
mobilise admirablement les deux.
L’Anima n’a pas été sacrifiée pour poser la limite.
L’Animus n’a pas été sacrifié pour préserver le lien.
Et si les deux scores sont faibles ?
Là encore, il ne faut pas lire le résultat comme un verdict.
Il peut simplement indiquer qu’au moment du test ces deux dynamiques sont moins facilement mobilisées, ou que certaines affirmations correspondent peu à ta manière actuelle de fonctionner.
C’est précisément pourquoi le test affiche les deux scores indépendamment, et pas seulement un pourcentage relatif.
Un résultat de 70 % Anima / 30 % Animus n’a pas la même signification si les deux dimensions sont très développées ou si l’une d’elles est simplement moins faible que l’autre.
La proportion indique un équilibre relatif.
Les scores indiquent les ressources actuellement disponibles.
Comment développer l’Anima ?
Si cette dynamique semble peu présente, il n’est pas nécessaire de partir méditer trois mois dans une grotte.
Quelques expériences beaucoup moins humides peuvent suffire.
Lorsqu’une émotion apparaît, ne cherche pas immédiatement à l’expliquer ou à la résoudre. Essaie d’abord de la nommer.
Dans une conversation, écoute parfois jusqu’au bout avant de préparer ta réponse.
Devant une décision non urgente, accorde-toi un délai et observe ce qui continue à revenir intérieurement.
Consacre du temps à une activité qui ne poursuit aucun objectif immédiatement utile : musique, contemplation, création, marche, jardinage.
Et demande-toi régulièrement :
« Qu’est-ce que cette situation produit en moi ? »
Pas ce qu’elle devrait produire.
Ce qu’elle produit.
Comment développer l’Animus ?
Si l’Animus paraît davantage en retrait, l’exercice consiste plutôt à donner une forme à ce qui est ressenti.
Transformer « je ne suis pas très à l’aise avec ça » en :
« Je ne veux pas cela. »
Transformer une envie en première action.
Fixer une échéance.
Terminer une petite chose avant d’en commencer trois nouvelles.
Exprimer une préférence sans l’accompagner immédiatement de six excuses.
Et surtout apprendre à distinguer l’agressivité de l’affirmation.
Dire non n’est pas attaquer quelqu’un.
C’est parfois simplement informer le monde qu’une frontière existe.
Le monde s’en remet généralement.
Le but n’est pas 50 / 50
Il serait tentant de considérer l’équilibre parfait comme un résultat de 50 % Anima et 50 % Animus.
Ce serait très joli.
Et probablement assez peu jungien.
L’équilibre psychique n’est pas une comptabilité.
Selon les moments de notre vie, les situations et les exigences du réel, nous avons besoin davantage d’une dynamique ou de l’autre.
Une personne qui traverse un deuil n’a pas les mêmes besoins psychiques qu’une personne qui doit défendre un projet professionnel.
Une relation demande parfois d’accueillir.
Une autre fois de trancher.
La question essentielle n’est donc pas :
« Mes deux scores sont-ils égaux ? »
Mais :
« Suis-je capable de mobiliser l’autre dynamique lorsque celle que j’utilise spontanément ne suffit plus ? »
C’est là que commence la souplesse.
Une expérience très simple
Pendant quelques jours, observe tes petites décisions.
Lorsque ton premier mouvement consiste à agir, essaie parfois de demander :
« Qu’est-ce que je n’ai pas encore écouté ? »
Lorsque ton premier mouvement consiste à ressentir, attendre ou accueillir, demande :
« Quelle action concrète pourrait maintenant donner une forme à ce que je perçois ? »
Il ne s’agit pas de choisir entre les deux réponses.
Il s’agit de les faire se rencontrer.
Car une intuition qui ne rencontre jamais l’action risque de rester un rêve.
Et une action qui n’écoute jamais ce qui se passe intérieurement peut devenir une remarquable manière d’aller très efficacement dans la mauvaise direction.
Anima et Animus ne sont donc pas deux moitiés qui se disputeraient la propriété de notre psyché.
Ils peuvent être envisagés comme deux mouvements d’une même respiration.
Recevoir et répondre.
Relier et différencier.
Écouter et affirmer.
Laisser émerger et donner forme.
Le véritable équilibre ne consiste peut-être pas à savoir lequel est le plus fort.
Mais à éviter que l’un parle tellement fort que l’autre ne soit plus entendu.
Et lorsque les deux commencent enfin à dialoguer, il se produit quelque chose d’assez intéressant :
nous ne devenons ni plus féminin ni plus masculin.
Nous devenons simplement un peu plus entier.