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09- Individuation

Individuation — Devenir davantage celui que l’on est

Carl Gustav Jung emploie le mot individuation pour désigner un processus par lequel une personne devient progressivement davantage elle-même.

La formule paraît simple.

Elle ne l’est pas.

Il ne s’agit pas de « trouver son vrai moi » comme on retrouverait une paire de lunettes égarée derrière un coussin. Il ne s’agit pas non plus de devenir indépendant de tout, parfaitement cohérent, spirituellement avancé ou définitivement réconcilié avec chaque recoin de sa psyché.

L’individuation est plutôt un processus d’intégration.

Au fil de la vie, certaines parties de nous deviennent conscientes, d’autres restent dans l’Ombre, certaines sont valorisées, d’autres négligées, certaines s’accordent entre elles, d’autres se contredisent.

L’individuation consiste à mettre progressivement davantage de ces dimensions en relation, afin de ne plus vivre uniquement à partir d’une partie étroite de soi.

Autrement dit, devenir davantage entier.

Pas parfait.

Entier.

Et c’est déjà un programme considérable.

 

L’individuation n’est pas l’individualisme

Le mot peut prêter à confusion.

Individuation ne signifie pas devenir de plus en plus centré sur soi.

Ce n’est pas :

« Je fais ce que je veux. »

Ce n’est pas :

« Je n’ai besoin de personne. »

Ce n’est pas :

« Je suis enfin authentique, donc tout le monde doit désormais supporter ma personnalité sans recours possible. »

L’individuation vise au contraire une relation plus consciente entre soi et le monde.

Plus je reconnais ce qui m’appartient réellement, moins j’ai besoin de le projeter sur les autres.

Plus je connais mes limites, mieux je peux entrer en relation sans me perdre.

Plus je reconnais mes contradictions, moins j’ai besoin de construire des ennemis extérieurs pour leur faire porter ce que je refuse en moi.

L’individuation n’isole donc pas.

Elle peut rendre la relation plus vraie.

Ce qui est différent.

Et parfois beaucoup plus inconfortable.

 

Un processus, pas un trophée

Jung ne pense pas l’individuation comme une ligne d’arrivée.

Il n’existe pas de moment où l’on peut déclarer :

« Voilà. C’est fait. Je suis individué. »

Toute personne prononçant cette phrase avec une satisfaction excessive pourrait d’ailleurs fournir immédiatement un matériel d’observation intéressant.

Le processus évolue avec la vie.

Une personne peut être très consciente d’elle-même dans un domaine et totalement aveugle dans un autre.

Elle peut avoir intégré certaines contradictions et en découvrir de nouvelles vingt ans plus tard.

Elle peut croire avoir dépassé une vieille blessure jusqu’au jour où une remarque parfaitement anodine la fait réagir avec la sérénité d’un volcan islandais.

L’individuation n’est donc pas une progression parfaitement linéaire.

Elle ressemble davantage à une spirale.

Nous retrouvons parfois les mêmes questions.

Mais pas exactement depuis le même endroit.

 

Première dimension : mieux se connaître

Une partie essentielle du processus consiste à distinguer ce que nous voulons vraiment de ce que nous avons appris à vouloir.

Cela paraît évident.

Dans la pratique, beaucoup moins.

Nous sommes traversés par les attentes familiales, sociales, culturelles et professionnelles.

Réussir.

Former un couple.

Avoir des enfants.

Posséder.

Être utile.

Être admiré.

Être raisonnable.

Être fort.

Être libre.

Même le désir de liberté peut devenir une norme particulièrement autoritaire.

Une question jungienne intéressante devient alors :

« Est-ce que ce choix m’appartient vraiment ? »

Non pas :

« Est-il original ? »

Non pas :

« Est-il différent de celui des autres ? »

Mais :

« Est-il vivant pour moi ? »

Quelqu’un peut choisir une vie extrêmement conventionnelle et être profondément aligné avec elle.

Un autre peut construire une existence très originale qui reste entièrement gouvernée par le besoin de prouver qu’il n’est pas conventionnel.

L’individuation ne juge pas la forme extérieure.

Elle regarde la relation intérieure au choix.

 

Les rôles que nous habitons

Nous avons vu avec la Persona que chacun de nous occupe différents rôles.

Le processus d’individuation commence souvent lorsque certains rôles deviennent trop étroits.

Le professionnel performant ne veut plus seulement être performant.

Le parent découvre qu’il existe encore comme personne en dehors de ses enfants.

Celui qui s’est toujours défini comme raisonnable ressent soudain le besoin de créer.

La personne qui a toujours pris soin des autres commence à éprouver une fatigue étrange devant le mot « service ».

Ce qui fonctionnait jusque-là ne fonctionne plus aussi bien.

Nous pouvons considérer cela comme une panne.

Ou comme une information.

Parfois, l’ancienne identité était parfaitement adaptée à une étape de la vie.

Simplement, nous avons continué à grandir.

Le costume, lui, non.

 

Deuxième dimension : rencontrer l’Ombre

L’individuation passe nécessairement par une rencontre avec ce que Jung appelle l’Ombre.

Pas parce qu’il serait souhaitable de développer une fascination morbide pour nos défauts.

Mais parce que nous ne pouvons pas devenir plus entiers en excluant systématiquement ce qui nous dérange en nous-mêmes.

Reconnaître son Ombre, c’est pouvoir dire :

« Oui, je peux être jaloux. »

« Oui, j’ai parfois envie de dominer. »

« Oui, je peux être lâche. »

« Oui, j’ai besoin d’attention. »

Mais aussi :

« Oui, je suis peut-être plus ambitieux que je ne l’admets. »

« Oui, j’ai davantage de force que je ne m’autorise à montrer. »

« Oui, je désire quelque chose que je jugeais jusque-là inacceptable. »

Le but n’est pas de laisser ces tendances décider à notre place.

Il est de cesser de prétendre qu’elles n’existent pas.

Car ce que nous ne reconnaissons pas devient beaucoup plus difficile à réguler.

L’Ombre adore gouverner clandestinement.

Elle apprécie moins les réunions avec procès-verbal.

 

Dans la vie quotidienne

Supposons que quelqu’un te mette particulièrement en colère.

Il est possible qu’il se comporte réellement mal.

Mais si ta réaction est extrêmement forte, le processus d’individuation peut introduire une deuxième question :

« Pourquoi cela me touche-t-il autant ? »

Peut-être que cette personne incarne une attitude que tu ne t’autorises pas.

Peut-être qu’elle rappelle quelqu’un d’autre.

Peut-être qu’elle menace l’image que tu as de toi.

Ou peut-être qu’elle est effectivement exaspérante.

L’individuation n’oblige pas à transformer chaque conflit en énigme symbolique.

Elle invite simplement à ne pas croire que l’autre contient nécessairement 100 % de l’explication.

 

Troisième dimension : gagner en autonomie intérieure

Une personne individuée n’est pas une personne qui se moque du regard des autres.

Nous sommes des êtres sociaux.

Le regard extérieur compte.

Il doit compter.

Mais il existe une différence entre tenir compte du monde et lui confier la responsabilité complète de notre identité.

Imagine deux choix professionnels.

Le premier garantit prestige, sécurité et admiration.

Le second paraît moins impressionnant mais correspond beaucoup mieux à ce que tu veux réellement vivre.

Que choisis-tu ?

Il n’existe évidemment pas de bonne réponse universelle.

Mais le processus d’individuation demande au moins que tu puisses entendre ta propre réponse avant que les applaudissements imaginaires aient terminé de voter.

L’autonomie intérieure consiste à développer un centre de gravité suffisamment stable pour ne pas être entièrement déplacé par chaque opinion extérieure.

 

Le prix de l’autonomie

Cela peut avoir des conséquences heureuses.

Plus de cohérence.

Moins de dépendance à l’approbation.

Une capacité accrue à dire non.

Des décisions plus proches de ses valeurs.

Mais cela peut aussi avoir un prix.

Certaines personnes peuvent préférer l’ancienne version de nous.

Celle qui disait toujours oui.

Celle qui était disponible.

Celle qui acceptait le rôle assigné.

Celle qui ne posait pas trop de questions.

Lorsque quelqu’un commence à s’individuer, son entourage peut parfois interpréter cette transformation comme de l’égoïsme.

Parfois c’en est.

Parfois c’est simplement quelqu’un qui vient de découvrir qu’il possède une frontière.

La difficulté consiste à distinguer les deux.

 

Quatrième dimension : tenir les contradictions

Nous avons une grande préférence pour les identités simples.

Je suis courageux.

Ou lâche.

Généreux.

Ou égoïste.

Fort.

Ou fragile.

Rationnel.

Ou émotionnel.

Mais la psyché humaine n’a manifestement pas reçu cette consigne de rangement.

Nous pouvons être généreux et avoir besoin de reconnaissance.

Aimer quelqu’un et vouloir parfois être loin de lui.

Être courageux dans une situation et terrifié dans une autre.

Vouloir changer et regretter simultanément ce que nous quittons.

Une partie importante de l’individuation consiste à tolérer les contraires sans vouloir immédiatement en éliminer un.

Ce que Jung appelle parfois la tension des opposés.

Cela ne signifie pas rester éternellement indécis.

Cela signifie accepter qu’une décision mature puisse parfois naître après avoir laissé suffisamment de place à deux vérités contradictoires.

« Je veux partir » et « je veux rester »

 

Prenons un exemple classique.

Quelqu’un songe à changer complètement de vie.

Une part dit :

« Pars. »

Une autre :

« Reste. »

Nous aimerions qu’une des deux soit la vraie voix et l’autre une erreur.

C’est plus confortable.

Mais les deux peuvent être authentiques.

L’une porte le besoin de transformation.

L’autre la peur de perdre quelque chose qui compte réellement.

Si nous éliminons trop vite l’une des deux, nous perdons une information.

L’individuation ne consiste pas à supprimer la contradiction.

Elle cherche parfois à découvrir une troisième réponse qui n’était visible depuis aucun des deux extrêmes.

Nous retrouvons ici quelque chose de très proche du « 1 + 1 = 3 »

Deux tensions opposées peuvent produire autre chose qu’une victoire de l’une sur l’autre.

Elles peuvent faire apparaître un troisième espace.

 

Cinquième dimension : donner du sens

Jung accorde une importance considérable à la question du sens, en particulier dans la deuxième moitié de la vie.

Nous pouvons atteindre beaucoup d’objectifs.

Travail.

Famille.

Sécurité.

Reconnaissance.

Et découvrir soudain une question extrêmement embarrassante :

« Très bien. Et maintenant ? »

Une existence peut être réussie extérieurement et devenir intérieurement vide.

Ce n’est pas nécessairement une dépression.

Ce n’est pas nécessairement une crise.

Cela peut être une transformation du type de questions que nous nous posons.

Pendant une partie de la vie, nous construisons.

Puis vient parfois le besoin de comprendre pourquoi nous construisons.

L’individuation peut ainsi déplacer progressivement l’attention du succès extérieur vers la cohérence intérieure.

Pas nécessairement vers moins d’action.

Vers une action plus reliée au sens.

 

La crise du milieu de vie

Jung s’est particulièrement intéressé à cette période.

La première moitié de la vie est souvent consacrée à l’adaptation.

Trouver une place.

Construire une carrière.

Créer une famille.

Développer une Persona.

Répondre aux exigences du monde.

Puis ce qui avait donné du sens jusque-là peut perdre une partie de son pouvoir.

Des désirs négligés remontent.

Des rêves changent.

Des questions apparaissent.

Et parfois nous faisons quelque chose d’extrêmement raisonnable comme acheter une moto de 1200 cm³.

Cela peut être un signe d’individuation.

Ou simplement une très belle moto.

Il convient de ne pas surinterpréter.

Mais derrière certaines crises du milieu de vie se trouve réellement une question profonde :

« La personne que j’ai construite jusqu’ici contient-elle encore suffisamment de ce que je deviens ? »

 

Individuation et couple

Le processus peut profondément affecter une relation.

Deux personnes se rencontrent avec certaines identités.

Elles construisent ensemble des rôles.

Puis l’une commence à changer.

Quelqu’un qui était très dépendant devient plus autonome.

Une personne très rationnelle découvre une dimension émotionnelle ou créative.

Celui qui travaillait énormément remet son activité professionnelle en question.

Le partenaire peut avoir l’impression que l’autre « n’est plus le même ».

C’est parfois vrai.

L’individuation implique précisément de ne pas rester entièrement identique.

La question devient alors :

« La relation peut-elle évoluer avec les personnes qu’elle relie ? »

Un couple vivant n’est pas seulement capable de supporter les changements.

Il peut parfois leur donner un espace.

 

Individuation et solitude

Le chemin comporte nécessairement des moments de solitude intérieure.

Pas nécessairement d’isolement physique.

Mais certains choix ne peuvent pas être entièrement délégués.

À un moment donné, personne ne peut répondre à notre place à la question :

« Quelle vie est juste pour moi ? »

Les conseils sont utiles.

Les proches sont précieux.

Mais il existe une dernière zone de décision où l’on se retrouve seul avec soi-même.

Cette solitude peut être inconfortable.

Elle est aussi une forme d’autonomie.

L’individuation demande parfois d’accepter de ne pas être immédiatement compris.

Sans transformer pour autant l’incompréhension des autres en preuve automatique que nous avons raison.

Ce serait beaucoup trop pratique.

 

Les rêves et les symboles

Dans la pensée jungienne, les rêves occupent une place importante dans l’individuation.

Ils peuvent représenter des dimensions que le Moi conscient néglige.

Une personne très rationnelle peut faire des rêves extrêmement émotionnels.

Quelqu’un qui se croit très faible peut rêver de figures puissantes.

Une personnalité entièrement consacrée au travail peut rêver sans cesse de lieux naturels, d’enfants ou de voyages.

Cela ne signifie pas qu’il existe un dictionnaire dans lequel :

« serpent = transformation »

« maison = psyché »

« train = destinée »

La symbolique jungienne est beaucoup plus contextuelle.

Un symbole prend son sens dans la relation avec l’histoire de la personne.

Le rêve n’est donc pas un SMS crypté envoyé par l’inconscient avec une seule traduction correcte.

Il serait dommage que la psyché la plus complexe du monde utilise finalement des emojis.

L’individuation n’est pas une guerre contre l’Ego

 

Autre piège fréquent.

Le Moi conscient — l’Ego au sens jungien — est indispensable.

Sans lui, personne ne répondrait aux courriels.

Ce qui pourrait sembler séduisant jusqu’au premier problème administratif.

L’individuation ne cherche pas à supprimer le Moi.

Elle cherche à lui faire reconnaître qu’il n’est pas toute la psyché.

C’est une révolution assez importante.

Le Moi dit :

« Je sais qui je suis. »

L’inconscient répond parfois :

« C’est mignon. »

Et commence à envoyer des rêves, des symptômes, des fascinations, des projections ou des contradictions.

Le travail consiste à instaurer un dialogue.

Pas à remplacer une tyrannie consciente par une tyrannie inconsciente.

 

Quand l’individuation tourne mal

Le concept peut lui-même devenir un piège.

Nous pouvons nous persuader que tous nos désirs sont des appels du Soi.

Qu’une rupture est nécessaire « pour mon individuation ».

Qu’une envie soudaine possède une signification transcendante.

Que ceux qui nous contredisent essaient simplement de nous empêcher d’évoluer.

À ce stade, l’individuation devient une remarquable machine à justifier tout ce que nous avions envie de faire de toute façon.

La prudence consiste donc à maintenir le dialogue avec la réalité.

Une transformation intérieure digne de ce nom doit progressivement augmenter notre capacité de conscience, de responsabilité et de relation.

Si notre « évolution » produit uniquement davantage d’irresponsabilité, d’égocentrisme et de personnes blessées autour de nous, il peut être utile de vérifier le plan.

Même le Soi n’accorde probablement pas de permis illimité de démolition.

 

Que signifie un indice élevé dans le test ?

Un indice global élevé signifie simplement que plusieurs dimensions associées au processus sont actuellement bien présentes : connaissance de soi, reconnaissance de l’Ombre, autonomie intérieure, capacité à tenir les polarités et recherche de sens.

Ce n’est pas un « haut niveau d’individuation ».

Tu n’as pas gagné.

Les autres n’ont pas perdu.

Et Jung ne t’enverra pas une médaille par la poste.

Cela signifie plutôt que tu sembles disposer actuellement de plusieurs ressources utiles pour poursuivre ce processus consciemment.

La dimension la plus élevée peut devenir ton point d’appui.

La plus faible ton territoire d’exploration.

 

Et un indice plus faible ?

Il ne signifie pas davantage que « tu n’es pas individué ».

Certains moments de la vie nous éloignent temporairement de notre intériorité.

Crise professionnelle.

Maladie.

Charge familiale.

Épuisement.

Deuil.

Période de grande adaptation extérieure.

D’autres moments voient précisément les repères se désorganiser parce qu’une transformation est en cours.

Un résultat faible peut donc parfois décrire non une absence de cheminement, mais un paysage intérieur momentanément confus.

Nous ne sommes pas nécessairement perdus simplement parce que l’ancienne carte ne fonctionne plus.

Il se peut aussi que nous ayons changé de territoire.

 

Comment développer la connaissance de soi ?

Commence par observer tes réactions.

Pas seulement tes opinions sur elles.

Que se passe-t-il en toi avant que tu te racontes pourquoi cela se passe ?

Un journal peut aider.

Quelques lignes suffisent.

Situation.

Émotion.

Réaction.

Besoin.

Pensée automatique.

Tu découvriras parfois des répétitions.

Les mêmes situations déclenchent les mêmes réponses.

Et une répétition repérée commence déjà à être un peu moins automatique.

Pose aussi régulièrement cette question :

« Qu’est-ce que je veux réellement ici ? »

La réponse « je ne sais pas » est parfaitement acceptable.

Elle est même souvent plus utile qu’une réponse fabriquée trop vite.

 

Comment travailler l’Ombre ?

les personnes qui produisent chez toi des réactions très fortes.

Admiration.

Mépris.

Jalousie.

Fascination.

Irritation.

Puis demande :

« Qu’est-ce que cette personne porte que je reconnais difficilement en moi ? »

Ne force pas la réponse.

Et ne conclus pas que tout vient de toi.

L’autre peut parfaitement avoir des défauts.

L’exercice consiste simplement à récupérer la partie qui t’appartient.

Tu peux également observer les comportements que tu considères comme totalement incompatibles avec ton identité.

« Je ne suis jamais comme ça. »

Phrase merveilleuse.

Elle possède une forte valeur archéologique.

Il peut être intéressant de creuser autour.

 

Comment développer l’autonomie intérieure ?

Prends de petites décisions sans chercher immédiatement l’approbation.

Exprime une préférence.

Dis non lorsque tu veux réellement dire non.

Observe également les décisions que tu prends principalement pour préserver une image.

Que penseraient-ils si… ?

Que diraient-ils si… ?

Puis pose une deuxième question :

« Et moi, qu’en penserais-je ? »

L’objectif n’est pas d’ignorer les autres.

Il est simplement de te remettre dans la liste des personnes consultées.

 

Comment mieux vivre les contradictions ?

Lorsque deux tendances opposées apparaissent, évite momentanément de choisir.

Écris-les.

« Une partie de moi veut… »

« Une autre partie veut… »

Puis demande à chacune ce qu’elle cherche à protéger.

La contradiction devient parfois plus compréhensible.

La partie qui refuse le changement ne cherche pas nécessairement à saboter ta vie.

Elle protège peut-être la sécurité.

La partie qui veut partir ne cherche pas forcément à tout détruire.

Elle protège peut-être la vitalité.

Lorsque nous identifions ce que chaque polarité défend, une troisième solution peut parfois apparaître.

Et voilà encore ce curieux 1 + 1 qui refuse obstinément de rester égal à 2.

 

Comment retrouver du sens ?

Le sens n’est pas nécessairement quelque chose de grandiose.

Nous imaginons volontiers qu’une vie pleine de sens implique une mission exceptionnelle.

Sauver le monde.

Écrire une œuvre majeure.

Découvrir un remède.

Créer une fondation.

Cela peut aussi être cultiver un jardin, transmettre quelque chose, prendre soin de quelques personnes, comprendre un sujet, créer, apprendre, aimer.

Une question simple peut aider :

« Qu’est-ce qui, dans ma vie, me donne l’impression d’être davantage vivant ? »

Puis :

« Quelle place réelle lui accordé-je ? »

Nous découvrons parfois que ce qui compte le plus reçoit les restes de notre temps.

Pendant que ce qui compte le moins possède un agenda partagé.

 

Une petite expérience sur une semaine

Pendant sept jours, note chaque soir une situation qui t’a particulièrement marqué.

Puis réponds à cinq questions :

Qu’est-ce que j’ai découvert sur moi ?

Quelle part d’Ombre a peut-être été touchée ?

Ai-je agi selon mon propre jugement ou principalement selon l’attente extérieure ?

Quelles tendances opposées étaient présentes ?

Qu’est-ce que cette situation dit de ce qui compte réellement pour moi ?

Il n’est pas nécessaire d’obtenir cinq grandes révélations quotidiennes.

Heureusement.

Nous avons également besoin de dormir.

Mais au bout de quelques jours, certaines lignes peuvent commencer à apparaître.

 

Devenir soi ne signifie pas rester identique

C’est peut-être l’un des paradoxes les plus beaux du concept.

Nous disons :

« Je veux être moi-même. »

Comme s’il existait un Moi définitif qu’il suffirait enfin de retrouver.

Jung propose quelque chose de beaucoup plus vivant.

Le Soi n’est pas seulement ce que nous sommes déjà.

Il inclut aussi ce que nous pouvons devenir.

L’individuation implique donc parfois de renoncer à une ancienne version de soi.

Même si elle était efficace.

Même si elle était appréciée.

Même si nous l’aimions.

Une identité peut nous avoir sauvé à une époque et nous enfermer plus tard.

La remercier n’oblige pas à continuer de l’habiter.

 

Le but n’est pas l’harmonie permanente

Une personne individuée n’est pas quelqu’un qui vit dans une paix intérieure constante.

Cette créature appartient probablement à la mythologie.

L’individuation peut au contraire augmenter momentanément les tensions parce que nous devenons conscients de contradictions que nous évitions jusque-là.

L’ancien fonctionnement était peut-être plus tranquille.

Simplement, certaines parties de nous n’avaient pas droit de parole.

L’intégration crée parfois du désordre avant de produire davantage de cohérence.

Comme lorsqu’on décide enfin de ranger une pièce restée fermée pendant vingt ans.

Pendant quelques heures, la situation semble objectivement pire.

Tout est maintenant au milieu du salon.

Mais au moins, nous savons ce que nous possédons.

 

Une conversation intérieure plus vaste

C’est finalement ainsi que l’on peut comprendre l’individuation.

Au début, quelques voix occupent l’essentiel de notre personnalité.

La Persona.

Notre fonction dominante.

Nos valeurs conscientes.

Nos habitudes.

Puis d’autres se présentent.

L’Ombre.

Les polarités oubliées.

Des désirs nouveaux.

Des contradictions.

Des rêves.

Des parties de nous que nous avions confiées aux autres par projection.

Le travail ne consiste pas à choisir la voix qui aurait raison contre toutes les autres.

Il consiste à construire une conscience capable d’entendre davantage de la conversation.

Cela peut produire une personne plus complexe.

Parfois moins prévisible.

Mais aussi plus libre.

Car nous avons davantage de choix lorsque nous ne sommes plus obligés de répondre toujours depuis le même endroit.

L’individuation n’est donc pas devenir quelqu’un d’exceptionnel.

Elle est peut-être beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeante :

devenir progressivement capable d’habiter davantage de soi-même.

Reconnaître ce qui nous appartient.

Cesser de confondre nos rôles avec notre totalité.

Accepter nos contradictions.

Retirer quelques projections.

Écouter ce qui cherche du sens.

Et continuer.

Parce que le chemin n’aboutit probablement jamais à une pancarte disant :

« Félicitations, vous êtes arrivé à vous-même. »

Il offre plutôt, de temps en temps, une impression plus discrète :

« Je ne suis peut-être pas encore arrivé quelque part… mais je suis un peu moins étranger à celui qui marche. »

Et pour Jung, c’était déjà considérable.

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